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par Daniel Coué pour MIDEST
Depuis de nombreuses années déjà, on
constate dans tous les pays de l'Union Européenne,
une tendance très forte à la limitation voire
à la baisse des prix pratiqués sur les marchés
de la sous-traitance. Cette tendance semble s'être encore
renforcée au cours de la dernière période,
comme le montrent les courbes reproduites ci après.
Elles recouvrent évidemment des situations économiques
sensiblement différentes en dépit de l'imbrication
croissante des économies. Mais un seul coup d'il
permet de vérifier que partout, un important décalage
s'est creusé entre les niveaux de prix enregistrés
par l'ensemble des industries manufacturières d'une
part et les secteurs de sous-traitance d'autre part, au détriment
de ces derniers.
Cette évolution est évidemment très
préjudiciable à la rentabilité des entreprises
de sous-traitance. Elle constitue une menace directe pour
l'emploi dans ces activités et pour l'investissement.
A terme, c'est donc la compétitivité de la sous-traitance
européenne qui est en jeu... Et, par ricochet, celle
de l'industrie européenne toute entière.
C'est donc un véritable phénomène de
dégradation des termes de l'échange que les
statistiques mettent en évidence. En tant que tel,
ce phénomène est porteur de sous-développement
pour les secteurs de sous-traitance dont la plupart sont constitués
de PMI dynamiques et innovantes. C'est, à terme, la
solidité du tissu industriel européen qui peut
s'en trouver menacé. Un immense potentiel technologique,
indispensable à la réussite économique
de l'Europe, risque de se perdre.
Classiquement, cette érosion est expliquée
par des rapports de force chroniquement défavorables
aux sous-traitants. Cette analyse n'est évidemment
pas fausse. Mais elle ne permet pas entièrement de
dire pourquoi la dégradation des prix s'accentue...
Deux causes supplémentaires doivent être désormais
prises en compte :
1/ LA MONDIALISATION DES MARCHES
La libéralisation des échanges à l'échelon
mondial n'est évidemment pas une évolution négative.
Elle ouvre de nouveaux débouchés à l'industrie
européenne. Mais elle accroît du même coup
les pressions concurrentielles. Et ce fait même donne
des armes aux donneurs d'ordres dans leurs négociations
avec leurs fournisseurs.
La pression sur les prix se fait d'autant plus forte que
les possibilités de transfert de commandes vers les
pays à bas salaires sont plus aisées. Mais il
faut remarquer qu'aujourd'hui, les secteurs peu technologiques
ne sont plus les seuls menacés par cette tendance.
La numérisation des procédures et le développement
des nouvelles techniques d'échanges de données
informatiques ouvrent la possibilité de transferts
dans pratiquement tous les domaines, y compris les plus élevés
en technologie. Par exemple, dans la confection textile de
haut de gamme, dans le montage de cartes électroniques,
dans la mécanique de précision, dans la réalisation
de moules pour la plasturgie ou d'outillages de presse...
La culture industrielle, la connaissance et l'expérience
des hommes jouent un rôle de moins en moins important.
Les savoir faire et l'intelligence se trouvent consignés
dans les systèmes électroniques de commande
des machines.
Remarque : Certains donneurs d'ordres n'hésitent pas
à profiter de cette situation nouvelle. Ils commandent
une première pièce ou une pré-série
à un fournisseur européen et exigent que celui-ci
leur communique les programmes de fabrication. Puis ils confient
ces programmes à un sous-traitant "exotique"...
Ce comportement, de plus en plus répandu, constitue
un véritable vol de savoir faire. Il dépossède
les sous-traitants européens des seuls atouts qui leur
restent bien souvent face à la concurrence internationale.
Et il y aurait donc lieu de faire en sorte que ces clauses
et pratiques abusives soient d'avantage dénoncées
et sanctionnées.
2/ LE SYSTEME DES PRIX OBJECTIFS
La nécessité de renforcer leurs compétitivités
sur des marchés mondiaux de plus en plus concurrentiels
ont incité les donneurs d'ordres à développer
de nouvelles techniques d'achats plus rigoureuses et plus
volontaristes.
Auparavant, celles-ci étaient pratiquement toujours
basées sur le système des appels d'offres ou
des " quasi appels d'offres " orienté vers
la recherche et la sélection d'un "moins disant"
ou d'un "mieux disant" en fonction d'un certain
nombre de critères prédéterminés.
Ce principe, même s'il n'était pas parfait, permettait
en général d'établir un "juste prix",
correspondant aux prestations demandées.
L'initiative des prix revenait, comme il est naturel, au
vendeur, c'est à dire au sous-traitant. Et c'est, au
vu de cet "affichage" que le client (le donneur
d'ordres) fixait normalement son choix.
C'est en principe comme cela que doit fonctionner une économie
de marché... Cela n'exclut évidemment en rien
la négociation ou même le marchandage qui ont
surtout pour rôle d'affiner les modalités de
la transaction. L'important, c'est que le prix, serve effectivement
de régulateur entre l'offre et la demande.
La technique des "prix objectifs" est apparue d'abord
au Japon (en particulier dans l'électronique, l'optique
et l'automobile). Puis elle a été progressivement
adoptée par de grands groupes internationaux. Parfois
rebaptisée "Global Sourcing", elle a notamment
défrayé la chronique (et suscité de nombreuses
protestations !) lorsqu'elle fut mise en uvre, sous
l'égide de Monsieur Ignacio Lopez, d'abord chez GM
puis chez Volkswagen... Elle se propage maintenant à
tous les secteurs d'activité. Et même chez les
"petits donneurs d'ordres".
Or cette méthode est économiquement nocive
et dangereuse. Elle consiste en effet à déterminer
le prix d'achat maximum de chaque pièce ou sous ensemble
par décomposition du prix de vente du produit final
défini par les études de marketing.
Le résultat est double :
1/ d'abord, il s'agit d'un système de type autoritaire.
De ce fait, il aboutit inévitablement à une
pression à la baisse des prix.
2/ On se trouve désormais dans une situation où
le vendeur est privé de toute initiative. C'est l'acheteur
qui affiche le prix, qui prédétermine la valeur
des prestations. On se situe dans une sorte d'"économie
dirigée virtuelle" où, de fait, la libre
formation des prix n'existe plus. Il y a là un risque
très important de sclérose économique
qui pourrait se révéler préjudiciable
au bon fonctionnement des marchés de sous-traitance
et, par voie de conséquence, à la vitalité
de l'industrie européenne.
C'est un facteur supplémentaire de fuite d'activités,
d'emplois et de technologies vers des régions où
les entreprises peuvent trouver des conditions de coûts
d'exploitation plus avantageuses.
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Si cette étude vous a intéressé, si vous
avez des critiques, si vous souhaitez des précisions...
Merci de me contacter.
Daniel Coué
80 rue La Condamine. - F 75017 PARIS.
Tel. / Fax : 33 (0)1 42 94 80 32
E-mail : danielcoue@club-internet.fr
Les courbes ci dessous ont été
réalisées sur la base des données publiées
par Eurostat. Il s'agit de séries d'indices de prix
(base 100 = 1995). En vert = industries manufacturières.
En rouge = sous-traitance (moyenne de la transformation des
métaux, des plastiques et du caoutchouc). Les données
relatives à l'Irlande ne sont pas disponibles.












Daniel Coué
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